À l’aune de la crise environnementale que vit notre société, l’univers du jeu vidéo s’empare de la question de la sauvegarde de la planète, et de nombreux jeux utilisent les fables écologiques pour construire leur contexte narratif.

En mars 2020, le jeu Final Fantasy VII a été réédité par la plateforme Nintendo, mettant en scène un groupe terroriste ayant pour but de détruire des complexes industriels menaçant la planète. Le retour sur la devant de la scène de ce monument du jeu vidéo nous permet de mesurer une chose importante : de tous temps, les jeux vidéo se sont inspirés de la question environnementale pour construire une trame narrative. 

 

Dès les années 1990, de nombreux jeux vidéo ont mis les thématiques de protection de l’environnement au coeur de leurs scénarios, qu’il s’agisse à proprement parler de sauver la planète, ou d’un simple prétexte à la création d’un univers post-apocalyptique. En 1991, les joueurs étaient invités à protéger les animaux dans le célèbre Sonic the Hedgedog. En 1992, le jeu Ecco the Dolphin invitait ses utilisateurs à protéger les fonds marins, et ToeJam & Earl in panic on Funkotron consistait en une chasse aux touristes qui saccageaient la planète. 

Malgré le bien-fondé de ces premiers jeux « écologiques », la question environnementale y était abordée avec légèreté et simplisme, sans réelle remise en cause ou questionnement sur les comportements humains et leurs impacts sur l’éco-système planétaire. 

 

Avec l’apparition des jeux de gestion de ressources, un nouvel élan a été donné aux jeux vidéo responsables, à commencer par le célèbre Sim City, jeu au sein duquel le joueur doit surveiller le niveau de pollution de sa ville pour satisfaire ses administrateurs, ou encore Balance of the Planet, sorti en 1990 à l’occasion de la journée mondiale de la Terre. Le plus souvent, ces « jeux de survie » mettaient en scène un personnage isolé dans un monde hostile, ayant pour objectif de récolter des ressources pour sa survie. Des exemples de jeux comme The Forest ou Don’t Starve, imposaient aux joueurs de réfléchir à l’environnement qui les entouraient pour sauver leur vie. Ici, la pensée écologique passe un nouveau cap, puisque l’état de dégradation de la planète est systématiquement lié à l’activité humaine sur son environnement. 

 

Il a fallu cependant attendre les années 2010 pour voir apparaitre les « serious game », des jeux vidéo avec une réelle visée pédagogique, cherchant à éveiller les consciences et éduquer aux bonnes pratiques. Ces « green games » ont bien souvent été créés par des studios indépendants : c’est le cas du maintenant célèbre Eco, sorti en 2018, un jeu de construction écologique. Les messages véhiculés par ces jeux d’un genre nouveau sont plus forts, engagés et responsabilisants : dans Factorio, le niveau de pollution est indexé sur la vitesse d’apparition des ennemis, et en polluant, l’homme choisit lui-même d’élever la difficulté ; Oxygen Not Included met en scène une civilisation coincée dans un corps astral, où l’objectif est d’empêcher à cette colonie humaine d’étouffer sous le poids de sa production de CO2. 

 

Depuis l’émergence de ces « green games » indépendants, les blockbusters du jeu vidéo se sont également approprié les enjeux climatiques, à l’instar de Civilization VI qui propose à ses joueurs de prendre en compte les émissions de CO2 pour limiter les catastrophes naturelles. Certains jeux ont même fait le choix de s’associer avec des associations de protection de l’environnement pour développer de nouveaux modes de jeu : c’est le cas de Fortnite et de son #NoBuildChallenge, monté avec la WWF, et où les joueurs devaient gagner sans exploiter de ressources naturelles. 

 

Paradoxalement, l’industrie du jeu vidéo a beau chercher à éveiller les consciences, elle reste un secteur d’activité extrêmement polluant : consoles de plus en plus puissantes, DataCenters en perpétuelle effervescence pour soutenir le jeu online, sur-emballage, téléchargements… Le bilan carbone de la vente de jeux vidéo est catastrophique : en additionnant la consommation électrique de tous les joueurs (PCs et consoles) sur un an, on obtient l’équivalent de la production en électricité de 10 centrales nucléaires. 

Conscients de ce problème majeur, les grands acteurs de l’industrie du jeu vidéo ont décidé de former une alliance pour limiter et réduire l’impact environnemental de cette activité de divertissement largement répandue dans le monde. Ainsi, Google, Sony, Microsoft, Ubisoft, Twitch et d’autres travaillent avec les Nations Unies sur l’initiative « Playing for the Planet ». L’objectif de cette décision est de sensibiliser les jeunes joueurs aux impacts environnementaux liés à leur activité de gaming, et d’instaurer de nouveaux processus dans les chaînes de production des jeux vidéo pour réduire l’empreinte carbone de ceux-ci. Reste à voir si leurs engagements seront tenus par ces géants du jeu vidéo… 

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